dimanche 6 janvier 2013

Paradis par Bina


Le PARADIS, c‘est l'enfer. C'est ainsi qu'on pourrait décrire Ruby, commune à l'écart de toute civilisation blanche. Ville construite ex-nihilo par les Pères Fondateurs plus de 70 ans auparavant, elle est peuplée d'une communauté noire, refusant tout contact blanc, pour fuir la discrimination.
Mais cette volonté de s'isoler implique un replis sur soi : absence de restaurants, d'hôtels, de tous loisirs (cinéma, musique) pouvant pervertir et dévoyer la jeunesse.
Les jeunes, désœuvrés, se réunissent du Four, (symbole de la fondation) sont surveillés par les Anciens. Un peu comme l'arbre aux palabres, c'est là aussi que les adultes décident de l'expédition meurtrière contre le Couvent.
Ce bâtiment, à l'écart de la ville, lui aussi isolé, ancienne école religieuse, laissé à l'abandon, sert de refuge à quelques femmes de passage, plus ou moins paumées, arrivées là par accident, et qui cherchent à fuir pour mieux se reconstruire. Leur vie seule, sans hommes, bohème  sans règle symbolise tous les vices pour la ville proche. Il faut éliminer le mal à la racine.
A travers les chapitres se succède la vie de ses femmes, une à une, et les liens, pourtant bien réels, entre le couvent et la ville. Réel, mais niés. Destination de quelques hommes de Ruby en quête d'aventure, mais aussi de quelques femmes cherchant à avorter ou à cacher une naissance. Elles symbolisent donc le monde impur.
A travers ce roman, Toni Morrisson nous montre une communauté qui se ghettoïse en voulant se fermer aux autres. Elle décrit un monde sans pitié, qui préfère respecter les Pères Fondateurs plutôt que les lois de l'Etat. Vu de l'extérieur, ce qui se veut un PARADIS vire au cauchemar, car cette société ‘'préservée'' a reconstruit les mêmes défauts que la société extérieure. Intolérance, racisme, ce qui est reproché aux Blancs est ici exacerbé envers eux. Ils ont reproduit une société d'intolérance, où les honneurs sont attribués aux familles des Fondateurs.

Home par Eric


Toni Morrison trempe sa plume dans l'efficacité pure. Cent cinquante pages seulement suffisent à Toni Morrison pour dérouler avec virtuosité une histoire emblématique et originale, puisant dans les thèmes pourtant bien rebattus de l'Amérique des années 50, tels que la ségrégation raciale et le maccarthysme.
Cette histoire est racontée à deux voix. Celle de Toni Morrison et celle de Frank Money, le personnage principal, qui se permet d'interrompre le récit et d'interpeller l'auteur dans de courts chapitres de transition : « Décrivez-moi ça si vous savez comment... »
La construction du récit est subtile. Retour au pays d'un vétéran de la guerre de Corée. Flash-back et visions oniriques. Souvenirs d'enfance. Plusieurs personnages entrecroiseront leurs parcours secondaires au récit principal de Frank Money pour former une trame particulièrement solide. Particulièrement amoché, Frank cherche à se reconstruire et à retrouver sa dignité. Un moyen possible est d'exorciser son passé, un autre est de voler au secours de sa sœur dont il a reçu un appel de détresse. Arrivera-t-il à temps ?
Toni Morrison ne laisse rien au hasard, tel personnage évoqué de façon désinvolte au détour d'une phrase ressurgira plus tard dans le récit, tel début de témoignage se trouvera ensuite corroboré ou désavoué, lorsque les souvenirs cesseront d'être refoulés, tel comportement étrange pourra plus tard trouver sa justification dans un épisode oublié de la petite enfance. Attention, les indices sont parfois ténus et peuvent échapper à la vigilance. Home est le résultat d'une écriture exigeante, où toute trace de superflu et de flou artistique a été éliminée. D'une force inouïe, les scènes racontées dans Homeimprimeront à jamais des images indélébiles dans l'esprit du lecteur. Chaque phrase devient une grenade dégoupillée. Vous voilà prévenus.

Home par Lagagne



Avis plutôt mitigé ici...
J'ai eu du mal à entrer das cette écriture dense. le livre ne fait que 120 pages, mais je les ai senti passer! le personnage de Franck a eu beaucoup de mal à m'intéresser, Cee m'a paru de suite plus convaincante.
Par contre une fois entrée, je n'en suis pas sortie avant la fin. Mais cela n'est valable que pour les 50 dernières pages.
Je pense que je retenterai un autre roman de Toni Morrison. Je sais maintenant que pour la lire il me faut de bonnes circonstances, du calme pour permettre l'immersion dans son écriture.

samedi 5 janvier 2013

Un don par Bina


Toni Morrison est une auteure que je ne connaissais jusqu'à présent que de nom. Les premières pages m'ont un peu déstabilisée, ne sachant pas qui s'exprimait ainsi, avec autant de force.
''Belle femme qui a déjà eu la variole et la rougeole...Beau négrillon...''Ces annonces plongent le lecteur dans le contexte de l'esclavage.
Le roman retrace la vie de Jacob, fermier et négociant. Son parcours montre petit à petit la réussite de ses affaires, qui ne sont pas sans lien, semble-t-il, avec la canne à sucre dans les Barbades. Et pourtant, autour de lui, Jacob ne semble pas encourager l'esclavage, mais loin des yeux...
La narration se construit par couches successives. Nous suivons par alternance les points de vue de des femmes de la maison. La jeune esclave Florens, Sorrow, une blanche rescapée psychologiquement perturbée, Lina, la dernière survivante d'une tribu indienne. Et Rebekka, venue épouser Jacob, qui recherchait une épouse pour tenir une ferme.
Au fil du récit, les personnages prennent de l'épaisseur, et petit à petit on voit se dessiner la vie à la dure, les liens entre les personnages, les hiérarchies dans cette société sur laquelle les Blancs ont pris le pouvoir et l'exerçait sur d'autres hommes. Les récits de ces 4 personnes se rejoignent et se complètent lorsque toutes sont sous le même toit.
j'ai découvert aussi grâce à ce livre la situation de certains Blancs en situation de quasi esclavage pour payer leurs fautes ou celles de leurs proches. 
Le récit s'ouvre sur la narration de Florens, et laisse entendre qu'elle a du sang sur les mains. Il se clôt aussi avec son point de vue, et l'explication du titre. Pourquoi sa mère, esclave noire, a-t-elle voulu donner sa fille pour que leur maître, Senhor, puisse régler sa dette?